LA FORCE BRUTALE (4 à 6)

CHAPITRE QUATRIEME

Le dernier vol d’un journaliste

               Henry Brutal mit deux semaines pour se rendre à Yow Nerk. Cela lui coûta cent trente dollars canadiens et sa chemise. Il se jura de ne plus sauver personne, sa force lui avait attiré trop d’ennui. Ce qui n’empêcha qu’un soir, entre la cinquante deuxième avenue et Sunset Boulevard, un heureux visiteur se fit chaparder par trois nécessiteux. Mais, le visiteur n’était guère prêteur et il se débattit. Brutal intervint avant que le promeneur se fasse empaler. Non pas qu’il haït les plus démunis mais il ne lui paraissait pas équitable que trois honnêtes hommes s’attaquent à un passant. Henry expédia les trois vautours au-delà des frontières du pays. Le passant le remercia. « Merci mon cher Henry Brutal. –Comment ? Vous connaissez mon nom ? Qui êtes-vous ? –Je me présente, Lloyd Karl Ford. Journaliste et animateur de télévision. Vous ne me connaissez pas mais moi je connais tout de vous… Je vous rassure, vous venez de me sauver la vie, en conséquence je ne dévoilerai à personne vos relations avec les dealers de la mafia italo-amérigaine… » La providence y était pour quelque chose, se dit Brutal. Enfin il tenait sa vengeance. Il pouvait faire taire cet oiseau de mauvais augure ; il n’avait qu’à poser violemment sa main sur la tête de ce monsieur Ford. Et pourtant, Henry ne fit rien. Il continua à discuter avec son nouvel ami.

               Quelques jours plus tard, le 11 septembre plus exactement, Lloyd fit visiter à brutal l’une des deux immenses tours jumelles implantées au cœur de Yow Nerk. Ces tours étaient le symbole de la grandeur du pays. Si on se situait en dehors de la ville, on pouvait encore les apercevoir à une centaines de kilomètres à la ronde. Brutal et Lloyd admiraient le paysage du haut de la tour. On pouvait distinguer la ville de Washington. Lloyd leva alors les yeux au ciel. « Regardez, jeune homme, les avions volent bas aujourd’hui ! » Cette réflexion interpella le jeune québécois. Quand il leva les yeux au ciel, un avion se dirigeait droit sur eux. Les ours de Tramwood avaient autrefois enseigné à Brutal quelques notions de physique. Alors, il savait que, par A plus B moins Z, s’il ne faisait rien, des millions de personnes innocentes allaient rejoindre le ciel sans même prendre l’avion. C’est pourquoi il ne tarda pas à ouvrir une fenêtre. Il tendit les mains en avant pour amortir l’impact. Brutal appréhenda l’avion du bout des doigts. « Que fais-tu malheureux ? s’écria Lloyd. C’est un sacrilège, je préfère encore mourir !!!!! » Lloyd sauta par la fenêtre et égala les trapézistes du cirque Gruss. Sauf qu’au bas de la tour, il n’y avait pas de filet. On ne récupéra de Lloyd que ses chaussures avec ses pieds encore tout chauds à l’intérieur. Brutal n’avait rien pu faire, ses mains étaient occupées. Il ne se passa pas cinq minutes après le saut de l’ange de Lloyd qu’un autre avion vint s’éclater admirablement sur la deuxième tour jumelle. Brutal venait de sauver une tour, il ne put venir en aide à sa petite sœur. L’explosion provoqua un géant cataclysme dans Yow Nerk. Quand Brutal redescendit, il ne fut pas accueilli comme un héros mais comme le plus grand de tous les criminel de tous les temps.

               On vint le cueillir au pied de la tour. Une cinquantaine de policiers et agents d’on ne sait quelle compagnie vinrent l’appréhender. Brutal dit en français avec son fort accent québécois : « Tabernak de Calice !!! Quel monde affreux que celui-ci. J’aurais préféré mourir de faim dans le froid près des ours et de ma mère  que de me faire haïr par tous ces ingrats !!!! ». On l’emmena vite fait bien fait dans la plus paisible des prisons : AL ZAKAR, dite « le Rocher »…

 

 

CHAPITRE CINQUIEME

Le Prisonnier

 

               Henry Brutal eu la joie et l’honneur d’assister à une centaine d’interrogatoires, tous identiques, où on lui posait toujours les mêmes questions : « D’où viens-tu ? Pourquoi as-tu arrêté un avion ? Quel maillon es-tu dans le réseau ?... ». Tant de questions auxquelles Brutal ne répondit pas. Il ne souhaitait plus s’adresser aux habitants de ce merveilleux pays qu’était l’Amérigue. Et, dans son for intérieur, il riait. Il riait en pensant à ce que lui avait dit sa chère mère avant de partir : « Va mon fils unique, va en Amérigue. Là-bas, avec peu de chose, tu peux devenir grand. C’est le rêve Amérigain, The Amerigan Dream ! ». Et pendant qu’il s’esclaffait intérieurement, on le plaça dans une cellule de détention. Il s’y trouvait déjà un prisonnier d’origine maghrébine, chauve et tout d’orange vêtu. « Comment t’appelles-tu, mon ami ? demanda le maghrébin. Je m’appelle Moktar Ben Sala Ahmed Jouj, mais mes amis me nomment Ben II car je suis le deuxième du nom. –Je suis Henry, mais on m’appelle Brutal car je possède une force colossale. –Une force colossale ? reprit Ben. Pourrais-tu, par exemple, nous faire sortir d’ici ? –Bien sûr ! répondit Brutal. –Mais alors, qu’attends-tu ? –Je préfère laisser à la justice le soin de me libérer, répondit le bon québécois ignorant. –Tu es fou, on ne peut pas sortir d’ici par la grande porte… Ici, c’est la perpétuité ou la chaise musicale, s’exclama Ben. –La chaise musicale ? Qu’est-ce donc ? demanda Brutal. –C’est là où on te fait asseoir pour la dernière fois et où tu danses frénétiquement la polka !!! –Quelle drôle de méthode, se dit Henry en s’imaginant la scène. » Les deux prisonniers continuèrent leur discussion jusqu’à la tombée de la nuit. Ils se racontèrent chacun leurs aventures. D’après Ben, il s’était fait arrêter par les services secrets à cause de ses origines et rien d’autre. Cela n’étonna point le jeune Brutal puisque lui aussi avait été témoin et victime de l’amour que portent les amérigains envers les étrangers.

               Un autre soir, ils parlèrent : « Ben, sais-tu pourquoi des avions ont été lancé à toute vitesse sur ces deux tours ? demanda Brutal. –C’est très simple, répondit l’autre, ce n’est qu’un jeu d’échec géant, à l’échelle mondiale. Le chef des amérigains à soif, terriblement soif. –Soif ? Soif de quoi ? demanda le jeune québécois. –Il a soif d’eau opaque… L’eau opaque ne se trouve que sous le sol des tribus zarades. L’un des chefs zarades ne souhaite pas partager cette eau opaque. Par conséquent, le chef amérigain fait la guerre aux zarades et les zarades détournent des avions et font exploser les tours. Et les amérigains, qui sont à la fois puissants et arrogants, gagnent les guerres dans diverses tribus zarades. Il ne reste plus, aujourd’hui, que la tribu du roi Ikar qui résiste. Mais, ce n’est pas parce que les tribus zarades disparaissent que les zarades sont morts. Les attaques contre Yow Nerk ou Washington ne sont pas finies… -En clair, plus les amérigains chercherons a étancher leur soif et plus les zarades détruiront les villes d’ici… C’est un cercle qui me semble un peu vicieux, conclut Brutal. »

               Quelques mois plus tard, la justice n’ayant toujours pas porté ses fruits, Moktar Ben Sala II élabora un plan de sortie. C’était très simple : pendant que Ben détournerait l’attention des surveillants, Brutal n’aurait qu’à broyer les murs et s’enfuir. Ben se sacrifierait alors pour sauver son ami. Ben révéla à Brutal qu’il avait caché une grosse quantité d’argent dont il avait hérité de son père quand celui-ci était mort. Cet argent, était placé dans un grand hangar fermé de l’interieur, situé entre Sunset Boulevard et la troisième avenue. Il était convenu que Brutal s’en empare et attende la sortie de prison de Ben. Ensuite, ils partageraient équitablement. Brutal pourrait alors retourner vivre parmi les ours de Tramwood, là où sa mère se meurt.

 

 

CHAPITRE SIXIEME

Evasion et Conclusion

 

               C’est ainsi que Henry s’échappa de la prison d’AL ZAKAR, laissant Ben II derrière lui. Il s’était engagé à retrouver cet argent enfermé dans un hangar. Brutal ne tarda pas à retrouver ce lieu. Or, il était bien gardé… Brutal lu sur les portes du hangar les lettres B, A, N, K. Il ne savait pas exactement ce que cela voulait dire bien que le vieillard de Washington lui en ait maintes fois parlé. Mais une parole eest une parole, alors quand Brutal fut sur le toit, il arracha le ciment dont il était constitué. Il s’infiltra dans le bâtiment sans se faire remarquer. Brutal était connu pour sa force herculéenne mais il était aussi très agile pour se faufiler dans la pénombre avec environ  une à deux tonnes de billets en dollars sur le dos. Une fois l’argent en sécurité dans le port au sud de Yow Nerk, Brutal attendit une petite douzaine de mois que son ami Ben veuille bien sortir de prison.

               Un soir, Ben arriva enfin. A peine eussent-ils fêté leurs retrouvailles qu’il était temps pour les deux amis de se séparer. Le lendemain, au réveil, Ben partirait avec sa part du gâteau pour les îles Caïmans, tandis que Henry Brutal rejoindrait sa douce mère au pays du Québec. Le lendemain matin fut. Lorsque  Henry s’éveilla, Ben était déjà parti. Il eut un pincement au cœur. Le plus drôle dans tout ça, c’est que Moktar Ben Sala Ahmed Jouj avait quitté le port avec la totalité de l’argent que Brutal avait chapardé. Brutal manqua de s’évanouir. Il retourna au Québec, s’étant fait inculper injustement, trahi et sans un sou en poche. Sa pauvre mère ne l’attendait plus, elle lui avait laissé un petit mot au cas où il rentrerait et était partie pour un monde meilleur avec le médecin. Ce monde s’appelait autrefois Floride. La maladie l’avait quittée le même jour, à la même heure où Brutal quittait la hutte. On pourrait croire que le seul fardeau qu’avait cette maman était d’éduquer son gamin. « Ah ! Tabernak, se dit une dernière fois Henry Brutal, même dans la forêt de Tramwood, je suis le plus idiot des hommes. » Il ouvrit la porte de la hutte laissant le froid envahir le logement. Et il s’allongea une dernière fois dans son lit. Peu à peu des idées s’évaporèrent vers le ciel.

 

 

(FIN de la première partie. La suite très prochainement)

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